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Lexpatrié français

La revue des Français établis en Asie du Sud-Est

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Point de vue

Que se passe-t-il vraiment sur les marchés ?

Bourse en fête, géopolitique en feu, dette qui gronde — et votre portefeuille 60/40 qui agonise en silence.


⚠️  AVERTISSEMENT — Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et éducatif uniquement. Elles ne constituent pas un conseil en investissement, une recommandation personnalisée, ni une offre ou sollicitation d'achat ou de vente de quelque instrument financier que ce soit. Tout investissement comporte des risques, y compris la perte partielle ou totale du capital investi. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Avant toute décision d'investissement, il est recommandé de consulter un conseiller financier indépendant et de tenir compte de votre situation personnelle, de vos objectifs et de votre tolérance au risque.

1. L'euphorie des records — quand la bourse danse sur un volcan

Le S&P 500 frôle les 7 365 points. Le Nasdaq affiche +7,67 % depuis le 1er janvier. À Tel Aviv, le TA-125 caracole à +17,33 %. En Corée du Sud, le KOSPI a bondi de +159,86 % sur douze mois. Dans les salles de marché, on ferait presque la fête. Presque.

Car pendant que les indices battent des records, la mer Rouge est sous blocus partiel, l'Iran et Israël échangent des frappes de précision, et les tankers détournent 14 500 kilomètres supplémentaires pour éviter Ormuz. Le prix du baril WTI ? +89,10 % depuis janvier.

La question n'est pas pourquoi la bourse monte ?. La question est : qui achète (les dips), et avec quel argent ?

La réponse : les entreprises elles-mêmes. Le rachat d'actions bat des records historiques — en particulier au Royaume-Uni, où plus de 60 % des grandes capitalisations ont annoncé des programmes de buyback en 2026. Morgan Stanley a révisé sa cible sur le S&P 500 à 8 000 points pour fin 2026. C'est rassurant. Jusqu'au jour où ce n'est plus vrai.

2. Le retour de l'inflation — le scénario qu'on croyait enterré

En mars 2026, le CPI américain est ressorti à 3,8 %. Pas catastrophique. Pas anodin non plus. Et surtout, pas dans la direction que la Fed espérait.

L'outil FedWatch de CME affiche désormais plus de 50 % de probabilité d'une hausse de taux d'ici mars 2027. Aux dernières nouvelles, plus question de baisse en 2026. C'est d'ailleurs déjà intégré dans le prix futur des obligations.

Véronique Riches-Flores (RichesFlores Research) prévient : "L'inflation chinoise entre dans la danse." Pékin, sous la pression des droits de douane américains, exporte moins vers les États-Unis et relâche sa déflation interne — avec pour effet de réinjecter de l'inflation dans les chaînes mondiales par rebond. Quand la Chine se met à refléter l'inflation au lieu de l'absorber, le reste du monde trinque.

Thomas Veillet (MorningBull) résumait brutalement la situation : "Oui, [la situation] c'est la merde, mais il faut acheter parce que ça ira mieux demain." Ton volontariste. Mais le marché des options raconte une autre histoire : les investisseurs institutionnels couvrent massivement leurs positions sur les durées longues. Les intérêts sur les longs ne montent pas car les shorts se vendent aussi comme des petits pains, du coup toute la hausse tient sur du papier (options).

Le scénario redouté : la guerre en Iran maintient le pétrole haut, le pétrole haut relance l'inflation, l'inflation bloque la Fed, la Fed bloquée rend les obligations longues toxiques, et toute la belle mécanique du portefeuille équilibré (actions/obligations) qui fonctionne depuis 20 ans s'effondre.

3. La bombe à retardement de la dette privée

Ce qui suit n'a pas beaucoup fait de bruit dans la presse grand public car ne concerne que ceux qui peuvent se le permettre et cette clientèle est informée (si elle le veut)

Le 6 mars 2026, BlackRock a plafonné les retraits de son fonds HLEND (High Income Loan and Extended Duration) à 5 % du capital. Les demandes de remboursement avaient atteint 9,3 %. Le fonds gère 26 milliards de dollars de crédit privé. L'action a chuté de 8,3 % dans les jours suivants.

BlackRock avait prévu cette clause contractuelle — mais son activation envoie un signal clair sur la liquidité réelle du secteur (Attention : le private equity n'a pas vocation à être liquide, mais c'est l'accumulation des sorties qui alarme).

La dette privée est la grande inconnue de ce cycle. Elle n'est pas cotée, elle est différemment régulée, et elle est exposée à des taux variables dans un monde où la Fed ne baisse plus.

Jamie Dimon (JPMorgan) était encore plus direct : "Une crise obligataire est plus proche qu'on ne le croit". Avec 39 000 milliards de dollars de dette publique américaine, chaque dixième de point de taux supplémentaire coûte des dizaines de milliards d'intérêts annuels. Et les acheteurs marginaux — Japon, Chine — se retirent.

Fitch évalue le taux de défaut sur la dette privée américaine à 9,2 % pour 2026 dans son scénario central. Apollo Global Management avertit que les CLO (Collateralized Loan Obligations) pourraient être les prochains MBS (Mortgage-Backed Securities) de 2008.

Personne ne dit que la crise est imminente. Mais les signaux avant-coureurs ressemblent à ceux que personne n'avait voulus voir en 2006. En 2025, on voyait un danger sur la titrisation des véhicules obligataires, en 2026 le danger est sur le montant des intérêts de la dette. L'un n'exclut pas l'autre mais le sujet d'actualité n'est plus le même.

4. Le paradoxe de l'or — pourquoi le métal ne brille pas quand le pétrole explose

L'or a touché un record historique à 5 500 dollars l'once en janvier 2026. Depuis, il a corrigé à environ 4 600 dollars — soit +6,52 % depuis le 1er janvier, selon Pictet AM. Pendant ce temps, le pétrole bondit de +89 %. Les géopoliticiens s'arrachent les cheveux. Les analystes, eux, l'expliquent très simplement.

L'or ne monte pas pour les mêmes raisons que le pétrole. Ce ne sont pas des actifs frères — ils obéissent à des logiques opposées.

Le pétrole monte parce que l'offre est physiquement contrainte : Goldman Sachs estime que l'Iran War a retiré 14,5 millions de barils/jour du marché mondial, soit environ 14 % de la consommation globale. C'est mécanique — moins d'offre, prix plus haut.

L'or, lui, monte quand les taux réels baissent. Or, les taux réels ne baissent pas. La Fed est gelée, l'inflation persiste à 3,8 %, et les anticipations de baisses de taux ont été systématiquement décalées vers 2027 et au-delà. Un actif sans rendement comme l'or devient moins attractif quand les alternatives sans risque (T-bills américains à 4,8 %) rapportent encore quelque chose.

C'est aussi pour cela que le dollar résiste mieux qu'attendu : le DXY affiche certes -5 % depuis le début de l'année, mais les flux de capitaux vers les États-Unis restent soutenus par le différentiel de taux. La dédollarisation progresse, mais c'est un marathon, pas un sprint.

5. Les scénarios de l'été 2026 — probabilités et implications

Les marchés n'aiment pas l'incertitude. Ils préfèrent les mauvaises nouvelles certaines aux bonnes nouvelles floues. Voici les quatre scénarios envisagés par les principales banques d'investissement pour les prochains mois :

Scénario A — Accord diplomatique partiel (~40 % de probabilité)

Un cessez-le-feu de facto autour du Détroit d'Ormuz, sans résolution du fond. Le pétrole recule vers 90 $/baril, l'inflation reflue légèrement, la Fed reprend une communication plus accommodante sans agir. Les marchés actions reprennent leur rallye, portés par des résultats d'entreprises solides. L'or se stabilise. Scénario Goldman Sachs base case.

Scénario B — Statu quo prolongé (~35 % de probabilité)

La situation se fige sans escalade ni résolution. Le pétrole reste entre 110 et 130 $/baril, l'inflation se stabilise à des niveaux "inconfortables" pour la Fed (3-4 %), mais pas catastrophiques. Les marchés oscillent latéralement avec forte volatilité sectorielle. Scénario Morgan Stanley central.

Scénario C — Escalade régionale (~20 % de probabilité)

Fermeture effective ou partielle d'Ormuz pendant plusieurs semaines. Pétrole au-delà de 160 $/baril. Récession technique en Europe, choc inflationniste américain. Fed contrainte de monter les taux malgré le ralentissement — stagflation. Effondrement du crédit privé. Ce scénario est celui que personne ne veut modéliser publiquement.

Scénario D — Crise de liquidité du crédit privé (~5 % de probabilité)

L'épisode HLEND de BlackRock n'était qu'un avertissement. Si les demandes de rachat s'accélèrent dans l'ensemble du secteur de la dette privée non cotée, le risque de contagion au crédit investment-grade devient réel. Scénario "queue de distribution" — peu probable, mais aux conséquences systémiques.

L'été 2026 sera soit celui de la normalisation prudente, soit celui qui confirme que 2025-2026 était le début d'un nouveau régime de marché — plus volatile, plus inflationniste, moins favorable aux portefeuilles traditionnels.

6. Le dollar en question — dédollarisation rampante ou miroir aux alouettes ?

Le dollar recule. Le DXY a perdu 5 % depuis janvier 2026. Les banques centrales étrangères achètent de l'euro, du yuan, de l'or — mais moins de dollars. Ce n'est pas un effondrement. C'est une érosion lente, structurelle, et — selon Ray Dalio — inévitable dans le cadre d'un changement de cycle hégémonique.

Les chiffres sont éloquents : le yuan représente désormais 23 % des échanges commerciaux de la Chine (contre 0 % en 2010). 99 % des échanges Russie-Chine se règlent en yuan ou rouble. Les BRICS+ représentent 50 % du PIB mondial en parité de pouvoir d'achat.

Et pourtant — 89 % des transactions forex mondiales impliquent encore le dollar. La dédollarisation est réelle. Mais confondre "le dollar recule" et "le dollar s'effondre", c'est confondre une marée descendante et un tsunami.

Pour nos clients expatriés en Asie du Sud-Est, la question est plus pratique : faut-il détenir moins d'actifs libellés en dollars ? La réponse nuancée de Pictet AM : non, pas en termes absolus, mais oui, en termes de concentration. Diversifier vers des actifs libellés en euros, en or, en actifs réels, et — pour les profils adaptés — en monnaies émergentes à fort différentiel de taux.

Xavier Niel (Scaleway/Iliad) illustre une autre dimension : la souveraineté numérique. Après Free en 2002, Niel lance Scaleway comme infrastructure cloud souveraine européenne. La donnée est le nouveau pétrole, et sa localisation détermine les flux de valeur dans un monde fragmenté.

7. La grande rotation — vers quels actifs les capitaux fuient-ils vraiment ?

Les flux ne mentent pas. Dans un monde d'inflation structurelle, de taux réels incertains, et de disruptions géopolitiques, les capitaux se déplacent vers ce qu'on appelle les "actifs réels" — des actifs dont la valeur est ancrée dans le monde physique plutôt que dans des promesses financières.

Les infrastructures énergétiques

Caterpillar +182 % sur douze mois. Ce n'est pas spéculatif — c'est la réponse à une demande massive d'équipements de construction d'infrastructures. Le rapport Lazard 2026 confirme que le coût nivelé de l'électricité (LCOE) des renouvelables est désormais inférieur à celui du gaz, du charbon et du nucléaire dans la majorité des configurations mondiales. Mais le passage à l'acte nécessite des investissements massifs en réseaux — et c'est là que les gouvernements tardent.

La panne ibérique d'avril 2025 a montré que le problème n'est pas la production renouvelable, mais la gestion de la fréquence sur un réseau sous-dimensionné. L'Inde a multiplié sa part solaire par 2,5 en six ans (3,6 % → 9 %). L'Afrique sub-saharienne représente la prochaine vague. Ce n'est pas un pari ESG — c'est un pari sur les infrastructures de base de la prochaine décennie.

Les matières premières industrielles

Cuivre, lithium, uranium, terres rares — ce que Jancovici appelle "l'énergie cachée" dans chaque objet manufacturé. La démondialisation fracture les chaînes d'approvisionnement mondiales et valorise ce qui est produit localement ou régionalement. Les pays producteurs de matières premières deviennent stratégiquement incontournables.

La santé comme actif de consommation

Hims & Hers Health, distributeur de GLP-1 (sémaglutide/ozempic en version générique) a vu son cours dépasser +100 % sur douze mois. Les inhibiteurs GLP-1 modifient structurellement les habitudes de consommation alimentaire, les dépenses de santé à long terme, et potentiellement la productivité économique des populations traitées. C'est une disruption systémique — pas une mode.

L'art et le luxe se normalisent

Le sac Birkin, symbole de bulle spéculative sur le marché de la revente, voit sa prime se normaliser : de 2,4x à 1,6x le prix boutique. Signal classique de retour à la réalité dans les actifs refuges alternatifs. Les capitaux sortent des bulles de perception pour rejoindre des actifs à rendement réel.

8. BlackRock, le cash et la nouvelle allocation — ce que Larry Fink dit

Larry Fink a publié sa lettre annuelle de 2025 aux actionnaires avec un message central : le portefeuille 60/40 est mort. Il propose 50/30/20 — 50 % actions, 30 % obligations, 20 % actifs alternatifs (infrastructure, immobilier, private equity).

Dans le même temps, BlackRock n'a jamais été assis sur autant de cash qu'en ce moment.

Pictet AM donne ses directives dans ses convictions de mai 2026 : vendre la duration longue (obligations d'État 10-30 ans), conserver du court terme, surpondérer les matières premières, les actions (avec sélectivité sectorielle), et les stratégies long-short capables de générer de l'alpha dans les deux sens du marché.

Christopher Dembik (Pictet AM) note également que les flux de réallocations vers les marchés émergents s'accélèrent à mesure que le VIX baisse — signal de retour de l'appétit pour le risque vers les devises high-beta (GBP, AUD, EM currencies).

9. La mort du portefeuille 60/40 — théorie, réalité et alternatives

La théorie originale

En 1952, Harry Markowitz formalisait dans le Journal of Finance la théorie moderne du portefeuille : en combinant 60 % d'actions et 40 % d'obligations, un investisseur obtenait un rendement optimisé pour un niveau de risque donné — car les deux actifs étaient historiquement négativement corrélés. Quand les actions chutent, les obligations montent (effet "flight to safety"), et vice-versa. Le portefeuille s'auto-équilibre.

Cette corrélation négative a fonctionné remarquablement bien de 1982 à 2020 — une période de 38 ans de désinflation continue et de baisse des taux. Le portefeuille 60/40 a été le grand gagnant de ce régime.

La fin du modèle — prophétisation

2022 : l'annus horribilis. Le S&P 500 perd 18 %, les obligations longues perdent 26 %. Le 60/40 perd environ 16 % — sa pire performance depuis 1931. Pourquoi ? Parce que l'inflation a rendu les actions et les obligations positivement corrélées. Les deux baissent en même temps quand les taux montent.

2026 : même configuration de risque. CPI 3,8 %, Fed bloquée, obligations longues sous pression (les taux français remontent alors que la BCE baissait), actions qui tiennent grâce aux buybacks. Si l'inflation accélère, le remake de 2022 est possible.

Les alternatives professionnelles

  • Ray Dalio — All Weather Portfolio : 30 % actions / 40 % obligations long terme / 15 % obligations moyen terme / 7,5 % or / 7,5 % matières premières. Rendement moyen : +4,65 % par an sur 26 ans. Mais en 2022, perte de 20 % — le portefeuille "pour toutes les saisons" a pris froid lui aussi.
  • Nassim Taleb — Stratégie Barbell : 90 % en actifs ultra-sécurisés (T-bills, TIPS, dépôts à court terme) + 10 % en actifs à convexité extrême (options sur événements rares, crypto, startups early-stage). Rien au milieu. L'objectif : limiter les pertes sur 90 % du portefeuille, et laisser les 10 % "exploser" positivement en cas de crise.
  • Pictet AM 2026 — Allocation tactique : Vendre duration longue, surpondérer court terme, matières premières, actions défensives, long-short equity. Sous-pondérer immobilier de bureau, crédit privé illiquide, obligations souveraines européennes à 10+ ans.
  • Larry Fink (BlackRock) — 50/30/20 : Réduction de la poche obligatoire classique au profit des actifs alternatifs (infrastructure, private equity, actifs réels).
  • Morgan Stanley / Jamie Dimon — Prudence sur la duration : Réduction du risque de taux long, cash court terme, attente d'une fenêtre d'entrée sur les obligations si les taux continuent à monter.

Le consensus des grands gestionnaires converge : réduire l'exposition aux obligations longues, augmenter les actifs réels, maintenir des liquidités tactiques, et être prêt à agir rapidement quand la fenêtre s'ouvre.

10. Le point de vue de l'auteur

Je vais être direct : nous traversons un de ces moments rares où plusieurs transitions majeures se superposent simultanément. Cela crée de la confusion — et de la confusion, naissent les opportunités pour ceux qui ont les idées claires.

Le cash est votre meilleur ami — si vous êtes déjà investi

Cette nuance est cruciale. Pour celui qui n'est pas encore investi, rester en cash est une erreur — l'inflation le ronge. Mais pour celui qui dispose d'un portefeuille diversifié et bien construit, maintenir une poche de cash de 15-25 % n'est pas de la frilosité. C'est de la munition. Les crises créent des prix d'entrée exceptionnels — encore faut-il ne pas être contraint de vendre pour en profiter.

L'intelligence artificielle : les vrais coûts restent faibles

Le marché s'emballe sur l'IA. Mais le coût réel d'inférence par requête continue de baisser exponentiellement. Anthropic, OpenAI, Google — tous s'engagent dans une guerre de l'efficacité mesurée en "tokens per watt". Lazard évalue à 74 GW la demande en data centers d'ici 2028, avec un déficit structurel de 49 GW. Ce n'est pas une bulle IA — c'est une infrastructure critique en sous-capacité. Ceux qui construisent cette infrastructure (énergie, semi-conducteurs, réseaux) sont les vrais bénéficiaires.

L'énergie : le vrai investissement de la décennie

Les pays qui n'investissent pas massivement dans leurs infrastructures énergétiques aujourd'hui paieront le prix demain — en factures, en dépendance, et en compétitivité industrielle perdue. La panne ibérique de 2025 n'était pas un accident — c'était un avertissement. Les nations qui réussiront dans les années 2030 seront celles qui auront résolu l'équation : production renouvelable abondante + réseau intelligent + stockage distribué.

GLP-1 et santé : une disruption systémique sous-estimée

Les inhibiteurs de GLP-1 (ozempic, sémaglutide et leurs génériques) ne sont pas que des médicaments amaigrissants. Ce sont des régulateurs métaboliques dont les effets sur les maladies cardio-vasculaires, les addictions, la cognition et l'espérance de vie active commencent à peine à être mesurés. Les implications pour les industries alimentaires, pharmaceutiques, de l'assurance santé et de la consommation courante sont massives — et encore très peu intégrées dans les valorisations boursières.

Les matières premières : la démondialisation les valorise

La fragmentation géopolitique crée des primes de localisation. Les matières premières produites dans des zones géopolitiquement stables et alliées valent désormais plus cher que les mêmes produites ailleurs. L'Australie, le Canada, certains pays d'Afrique subsaharienne, le Vietnam — ces zones deviennent des actifs géopolitiques. Pour un expatrié en Asie du Sud-Est bien positionné, c'est une opportunité de diversification unique.


Version simplifiée — pour mes clients qui découvrent la finance

Si vous n'êtes pas à l'aise avec les termes techniques, voici ce que vous devez retenir de tout ce qui précède.

La bourse monte. C'est bien. Mais attention aux fondations.

Imaginez une fête dans un immeuble dont les fondations présentent des fissures. On peut continuer à danser — jusqu'au moment où on ne peut plus. Aujourd'hui, les marchés boursiers sont au plus haut. Mais l'économie mondiale traverse plusieurs chocs simultanés : guerre au Moyen-Orient, pétrole cher, inflation qui résiste, et des dettes gigantesques que les États peinent à rembourser.

Le pétrole cher, c'est important pour vous

Quand le pétrole est cher, tout devient plus cher : transport, production industrielle, nourriture. C'est de l'inflation. Et l'inflation, ça mange votre pouvoir d'achat — et le rendement réel de vos placements. Un livret à 3 % quand l'inflation est à 3,8 %, c'est un rendement réel négatif. Vous perdez du pouvoir d'achat même si votre capital nominalement "grossit".

Le portefeuille classique ne fonctionne plus aussi bien

Pendant 40 ans, le conseil standard était : "Mettez 60 % en actions et 40 % en obligations, et vous serez protégés." Ce n'est plus vrai dans un monde inflationniste : quand les taux montent pour combattre l'inflation, les obligations perdent de la valeur et les actions chutent aussi. Les deux baissent en même temps. Ce n'est pas une théorie — c'est ce qui s'est passé en 2022.

Que faire concrètement ?

Trois principes simples adaptés à la situation actuelle :

  • Si vous êtes déjà bien investi, maintenez une poche de cash (15-25 %). Pas pour ne rien faire — pour avoir la capacité d'acheter quand les prix chutent.
  • Diversifiez vers des actifs "réels" : or, matières premières, infrastructures énergétiques, immobilier dans des zones à fort potentiel. Ces actifs ont une valeur ancrée dans le monde physique.
  • Réduisez les obligations à long terme. Dans un monde d'inflation élevée, prêter de l'argent à l'État sur 20 ou 30 ans à taux fixe est rarement une bonne idée.

Un mot sur l'or

L'or ne paie pas de dividende. Il ne génère pas de revenus. Mais il préserve le pouvoir d'achat sur le très long terme. En ce moment, il ne monte pas autant que le pétrole — parce que les taux d'intérêt restent élevés et que les alternatives rapportent encore quelque chose. Mais si la Fed finit par baisser ses taux, l'or retrouvera son rôle de valeur refuge.

Le message final

Ce n'est pas le moment de paniquer. C'est le moment de vérifier sa part obligataire, et d'avoir des liquidités disponibles pour agir quand les opportunités se présentent. Parlez-en avec votre conseiller.

🤖 ÉDITO IA — Ce qu'un algorithme observerait

Corrélation actions-obligations : la rupture est structurelle. Le modèle 60/40 repose sur une corrélation négative qui n'existe que dans un régime désinflationiste. Depuis 2021, la corrélation est revenue positive. Un algorithme observerait que 83 % des gestionnaires de fonds interrogés par BofA Securities en mars 2026 ont réduit leur exposition obligataire — signal de rupture de paradigme, pas de volatilité temporaire.

Le pétrole comme indicateur avancé d'inflation. L'histoire montre que les chocs pétroliers précèdent les pics d'inflation de 6 à 18 mois. Si le WTI reste au-dessus de 110 $/baril jusqu'à l'automne 2026, le CPI américain risque d'atteindre 4,5-5 % au T1 2027 — contraignant la Fed à un resserrement supplémentaire dans un contexte de ralentissement économique : la définition exacte de la stagflation.

La dette privée : visibilité quasi nulle. Contrairement aux marchés cotés, la dette privée ne se marque pas quotidiennement au prix de marché. Les valorisations peuvent masquer des pertes latentes pendant 12 à 18 mois. Le signal HLEND de BlackRock est un indicateur précoce — pas encore un signal systémique. Mais la vélocité des demandes de remboursement (9,3 % en une seule période) mérite surveillance.

L'IA : bénéficiaires réels vs bénéficiaires perçus. Les marchés surestiment les éditeurs de logiciels IA et sous-estiment les constructeurs d'infrastructure (énergie, réseaux, semi-conducteurs physiques). La demande de 74 GW de data centers d'ici 2028 avec 49 GW de déficit structurel crée des opportunités d'investissement décorrélées de la volatilité des valorisations technologiques.

Géopolitique : prime de risque sous-évaluée. Le VIX autour de 18-20 suggère que les marchés ont partiellement "digéré" le risque iranien. Mais une fermeture même partielle d'Ormuz pendant 30 jours déclencherait un choc d'approvisionnement non modélisé dans les valorisations actuelles. La prime de risque géopolitique est structurellement sous-évaluée dans un monde tripolaire (USA / Chine / émergents).

Verdict : Les marchés 2026 naviguent dans un régime de transition — plus volatil, plus inflationniste, moins tolérant aux leviers. Les portefeuilles construits pour 1990-2020 doivent être repensés pour 2026-2030. Ce n'est ni une catastrophe ni une opportunité en soi — c'est un appel à l'adaptabilité.