Point de marché
Portefeuille de guerre
L'analyse technique plus forte que l'analyse fondamentale
31 mars 2026 · Anthony Schoenauer · 5 min de lecture
Pour être tout à fait honnête : je suis un fervent défenseur de l'analyse fondamentale. Seulement voilà — quand le marché décide de se comporter comme une salle des marchés sous amphétamines, l'analyse fondamentale mérite d'être soigneusement rangée dans un tiroir. On la ressortira quand les marchés retrouveront la raison. Patience.
On marche sur la tête
Les marchés financiers ont toujours eu un talent particulier pour contredire le bon sens. Mais depuis quelques mois, ils semblent avoir décidé de se surpasser. Une annonce de chiffres d'emploi meilleurs que prévu ? Les indices baissent — parce que ça reporte les baisses de taux. Une annonce d'inflation en légère hausse ? Les marchés montent — parce que quelqu'un, quelque part, a trouvé une raison d'y voir un signe positif.
Bienvenue dans l'ère de la schizophrénie boursière, où chaque donnée macro est à la fois haussière et baissière selon l'humeur du moment, la longueur du tweet et la vélocité de l'algo qui l'interprète.
Ce n'est pas de l'analyse. C'est du bruit. Et naviguer dans le bruit en croyant suivre un signal, c'est la meilleure façon de se retrouver à regarder son portefeuille fondre avec une expression de sincère incompréhension.
La volatilité n'est pas un problème en soi. C'est l'absence de cadre qui l'est.
Si vous avez une stratégie, respectez-la
Voici ce que tout le monde sait et que personne ne fait : prendre ses bénéfices. Pas au sommet — ça, c'est pour les légendes et les menteurs. Mais à un niveau cohérent avec l'objectif qu'on s'était fixé quand on est entré sur la position.
Le problème ? On entre sur une position avec une thèse. La thèse tient trois semaines, puis le marché monte encore un peu, puis encore un peu, et soudain la thèse initiale est devenue "je verrai bien". Ce n'est plus une stratégie, c'est de la superstition habillée en conviction.
Oui, on peut rater le dernier palier haussier. C'est acceptable. Ce qui ne l'est pas, c'est de regarder une position gagnante se retourner en perte parce qu'on a confondu la cupidité avec la patience.
Se repositionner à la baisse après une prise de bénéfices, même si on loupe le point bas idéal, c'est de la discipline. Pas de la faiblesse. Les meilleurs traders ne visent pas le parfait — ils visent le répétable.
Tant pis pour le bon niveau. Il y en aura d'autres. Votre capital, lui, ne repousse pas.
Conserver du cash : le métal le plus rare
Dans un monde où "rester investi" est devenu le mantra universel des gérants qui facturent des frais de gestion indépendamment de la performance, conserver du cash est presque subversif.
Et pourtant. Le cash, c'est l'optionalité. C'est la capacité de faire quelque chose quand les autres ne peuvent pas. C'est ce qui permet d'acheter quand tout le monde vend — pas par courage héroïque, mais parce qu'on a préparé cette possibilité.
Un portefeuille sans cash dans un marché erratique, c'est un boxeur sans esquive. On peut tenir quelques rounds, mais la fatigue finit toujours par avoir raison de l'obstination.
Quelle proportion ? Cela dépend de votre profil, de votre horizon, de votre tolérance réelle — pas déclarée — au drawdown. Mais zéro cash dans l'environnement actuel, c'est parier que vous aurez toujours raison sur le timing. Bonne chance avec ça.
On ne rattrape pas un couteau qui tombe — sauf aux niveaux clés
Le couteau qui tombe, c'est l'image classique. Intuitive, juste, et régulièrement ignorée par des gens qui "voient une opportunité" sur un titre qui a perdu 35 % en trois semaines.
La nuance — et c'est là que l'analyse technique apporte quelque chose que le fondamental ne peut pas donner — c'est qu'un couteau qui tombe s'arrête quelque part. Et ces "quelque part" ne sont pas aléatoires.
Les niveaux de support significatifs, les zones de Fibonacci, les moyennes mobiles longues, les volumes accumulés : autant de zones où la probabilité d'un rebond technique est statistiquement plus élevée. Pas garantie — rien ne l'est — mais calculable.
C'est pourquoi l'analyse technique n'est pas une alternative à l'analyse fondamentale : c'est son complément indispensable dans un marché qui réagit à la vitesse d'un algorithme. Les fondamentaux disent si une entreprise vaut quelque chose. L'analyse technique dit à quel prix le marché est susceptible de le reconnaître — et quand.
Dans un environnement aussi réactif que celui d'aujourd'hui, attendre un niveau technique solide avant d'intervenir n'est pas de la timidité. C'est de la précision.
La prudence commande aussi de ne pas tout miser sur un seul niveau. Étaler ses entrées sur plusieurs zones techniques — par exemple un tiers de position sur le premier support, un tiers sur le suivant, le dernier tiers en réserve — c'est accepter de ne pas optimiser le point d'entrée pour mieux contrôler le risque global. Ce n'est pas de l'hésitation. C'est de la gestion de position.
Investissement ou trading : deux disciplines qui trouvent leur fondement dans la raison, la perspective et la conviction. Un environnement chahuté n'est ni une fatalité ni une invitation à l'improvisation. C'est une source d'opportunités — et simultanément, un terrain miné. La différence entre les deux tient à un seul mot : préparation. L'opportunisme sans cadre, c'est du jeu. L'opportunisme avec méthode, c'est de l'investissement. Et pour ceux qui doutent — ce qui est une posture parfaitement raisonnable dans ce contexte — un conseil professionnel n'est pas un luxe : c'est une façon rationnelle de réduire ses chances de se tromper.
Tread carefully.
⚡ Le risque de gap et de liquidité. Un support technique ne résiste pas à une ouverture en gap. Le marché n'attend pas.
⚡ Le piège du cash en période d'inflation persistante. Du cash, oui — mais dans quelle devise, à quel taux réel ?
⚡ Le biais de disponibilité et les faux signaux techniques. Les institutionnels chassent précisément aux niveaux Fibonacci. « Acheter au support » peut être la trappe.
⚡ Le coût psychologique des repositionnements successifs. La fatigue décisionnelle tue les bons traders. Les erreurs arrivent après les bonnes séries.
⚡ L'asymétrie d'information structurelle. Quand vous réagissez au chiffre macro, les institutionnels sont déjà positionnés.
La thèse de cet article reste valide. Ce sont les risques du revers.
— Anthony Schoenauer, L’expatrié français