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Exit tax : état en 2026
La prise en otage préventive de votre plus-value de cession — base légale, taux 2026, sursis de paiement et stratégies opérationnelles.
L'Exit Tax n'est pas une taxe de « sortie » définitive, mais plutôt un « pari » sur la plus-value latente que l'État français refuse de voir s'échapper vers des cieux plus cléments. Depuis la réforme de 2019, le dispositif s'est assoupli, mais pour celui qui part hors de l'Union Européenne, les contraintes opérationnelles peuvent vite devenir un casse-tête de trésorerie.
I. La partie théorique : les fondations du dispositif
1. La base légale : l'article 167 bis du CGI
L'article 167 bis du Code Général des Impôts (CGI) prévoit que les contribuables transférant leur domicile fiscal hors de France sont imposés sur leurs plus-values latentes, leurs créances de complément de prix (earn-outs) et leurs plus-values en report.
Les conditions de déclenchement : pour être « éligible » (malgré soi), il faut avoir été résident fiscal français pendant au moins 6 ans au cours des 10 dernières années. Ensuite, l'un des deux seuils suivants doit être franchi :
- Détenir des participations dont la valeur globale dépasse 800 000 €.
- Détenir au moins 50 % des droits aux bénéfices sociaux d'une société.
2. Le taux de taxation en 2026
L'impôt est calculé sur la valeur des titres au jour du départ, moins leur prix d'acquisition. En 2026, la « Flat Tax » s'applique, avec une mise à jour des prélèvements sociaux :
| Composante | Taux |
|---|---|
| Impôt sur le Revenu (IR) | 12,8 % |
| Prélèvements Sociaux (PS) | 18,6 % (taux actualisé par la LFSS 2026 pour les revenus du capital) |
| Total | 31,4 % |
Exemple : Vous avez fondé une SAS avec 10 000 €. Elle vaut 1 010 000 € le jour de votre départ. La plus-value latente est de 1 M€. L'Exit Tax théorique est de 314 000 €.
3. Le délai de dégrèvement (le BOFiP à la rescousse)
L'impôt n'est dû que si vous vendez vos titres. Si vous les conservez, il finit par s'effacer. Selon le BOI-RPPM-PVBMI-50-10-10, le délai pour obtenir un dégrèvement d'office est de :
- 2 ans si la valeur de vos titres est inférieure à 2,57 M€.
- 5 ans si elle dépasse ce montant.
II. La partie opérationnelle : comment éviter le « séquestre » ?
C'est le point de friction majeur. Si vous partez dans l'UE, le sursis de paiement est automatique (sursis de plein droit). Mais si vous visez un pays tiers (comme la Thaïlande, le Vietnam ou les États-Unis), l'administration demande des garanties.
1. Le « sursis sur demande » (art. 167 bis, VI du CGI)
Pour ne pas payer les 31,4 % immédiatement, vous devez en faire la demande via le formulaire 2074-ETD au moins 90 jours avant le départ. Par défaut, le fisc exige une garantie pour couvrir les 12,8 % d'IR (les PS sont généralement exclus de la garantie mais restent dus en cas de cession).
2. Comment être dispensé de constituer des garanties ?
A. L'exception pour « raisons professionnelles »
C'est la botte secrète de l'article 167 bis VI-4° du CGI. Si votre transfert de domicile est motivé par des impératifs professionnels (création d'entreprise, mutation, opportunité d'affaires démontrable), vous pouvez demander une dispense de constitution de garanties.
- Condition : le pays de destination doit avoir conclu avec la France une convention d'assistance administrative (lutte contre la fraude) et de recouvrement.
- En pratique : il faut monter un dossier solide prouvant que le départ n'est pas « fiscal » mais « business ».
B. Le nantissement de titres
L'administration accepte des garanties réelles. Au lieu de bloquer du cash sur un compte (séquestre bancaire coûteux), vous pouvez proposer le nantissement de vos propres titres (ceux de votre société).
- Avantage : pas d'immobilisation de trésorerie, mais des intérêts et des frais de dossier.
- Inconvénient : le fisc n'accepte que si la société est solvable et « valorisable ». Une société avec beaucoup de cash ou des actifs immobiliers passera plus facilement qu'une start-up en perte.
C. La caution bancaire
Certaines banques privées acceptent de se porter caution pour vous auprès du Trésor Public. Cela coûte environ 0,5 % à 1 % par an du montant garanti. C'est une charge, mais cela évite de verser 100 % de la somme réclamée. C'est plus difficilement négociable avec la banque, qui préférera un cautionnement ou une avance patrimoniale.
D. L'avance patrimoniale ou le crédit Lombard
Si vous disposez d'un capital suffisant en assurance-vie ou en compte-titres, la banque peut vous prêter la somme pendant la durée du blocage en échange d'un taux d'intérêt plus faible que le cautionnement. La quotité empruntable (TVL) dépend de la nature de vos investissements.
3. La stratégie du « pays rebond »
La méthode consiste à s'installer d'abord dans un pays de l'UE/EEE (où le sursis est automatique sans garanties) pour une année, avant de repartir vers la destination finale. Le BOFiP précise que le sursis peut être maintenu, mais le fisc vous rattrapera lors du second saut et demandera les mêmes garanties.
4. Que faire si l'administration impose le séquestre pendant 2 ans ?
Si vous n'avez pas réussi à obtenir la dispense, l'argent sera « bloqué ». Cependant :
- Récupération des intérêts : l'argent consigné produit parfois des intérêts (selon le support de caution).
- Remboursement automatique : dès le 731ᵉ jour (pour un patrimoine < 2,57 M€), vous déposez une demande de dégrèvement. L'administration doit lever la garantie sous 30 jours (BOI-RPPM-PVBMI-50-20-30).
Conseil opérationnel : désignez un représentant fiscal en France dès le départ. C'est lui qui gérera les échanges annuels (formulaire 2074-ETS) pour confirmer que vous détenez toujours vos titres. Si vous oubliez une déclaration annuelle, le sursis tombe et le séquestre est encaissé par l'État.
5. La libération : que se passe-t-il après les 2 ans ?
Une fois le délai de 2 ans (ou 5 ans) écoulé à partir de la date de votre départ :
- L'impôt est dégrevé d'office : la dette fiscale de 31,4 % s'annule (si vous n'avez pas vendu les titres entre-temps).
- Levée des garanties : selon le BOFiP (BOI-RPPM-PVBMI-50-20-30), vous devez demander la mainlevée du nantissement ou la restitution de la caution. L'administration a 30 jours pour s'exécuter.